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16/08/2017

Après deux extensions souterraines, Cornavin devra encore être agrandie ! A quoi pensent les autorités ?

Lorsque les habitants des Grottes ont protesté contre les projets de démolition d’immeubles, nécessaire pour permettre l’extension de la capacité de la gare de Cornavin, ils ont proposé une solution souterraine. L’Etat a mandaté un groupe d’experts, le bureau Basler et Hofmann de Zurich pour examiner le génie civil, et une paire de spécialistes pour étudier les aspects fonctionnels, le Professeur Tzieropoulos, directeur du LITEP de l’EPFL et le bureau CITEC ingénieurs conseils SA.

 

Le 5 juillet 2013, ces spécialistes ont rendu publiques leurs conclusions. Voici la page qui résume celles qui touchent à la capacité de la gare de Cornavin :

Pour agrandir l'image, cliquez sur elle.

2017.08.16 Capacité Cornavin Tzieropoulos.jpg

L’image illustre les capacités futures de Cornavin, mesurées en nombre de trains par heure, à trois échéances :

  • en 2017 (date à ce moment-là prévue de la mise en service du CEVA), Cornavin serait à même de permettre 30,5 départs par heure.
  • en 2025, (date à ce moment-là prévue pour doubler la fréquence des directs entre Genève et Lausanne), Cornavin, grâce à la 1ère étape d’extension souterraine (en 2025 !), consistant en un quai et deux voies, pourrait gérer 40 trains par heure,
  • et enfin « à plus long terme », après réalisation de la seconde extension souterraine, la capacité de la gare aurait passé à 48 trains par heure.

 

Tour récemment, en juin de cette année, l’association GeReR - Genève Route et Rail a pris connaissance du « Schéma d’offre  « après-demain » validé par la direction générale du projet », dans un document rédigé par les CFF, daté du 16 juin 2017. Nous ignorons qui a constitué et qui compose cette mystérieuse direction générale du projet, et quels sont ses pouvoirs et ses compétences.

2017.08.14 Schéma d'offre après-demain CFF.jpg

Ce schéma d’offre prévoit 28 départs par heure en direction de Lausanne, et 33 départs en direction de l’ouest, au total 61 par heure. 61 départs par heure, soit 13 de plus que ce que permettra Cornavin après la construction des deux étapes d’extension souterraines. Il faudra donc une 3ème extension, vraisemblablement souterraine. Mais où ? sous la place de la gare ? en viaduc par-dessus la place de la gare, ou par-dessus celle de Montbrillant ? de quelle capacité, de deux ou de quatre quais ? qui paiera ?

 

Tout cela est parfaitement incohérent.

Pour établir le réseau du futur, ça tombe sous le sens, il faut commencer par établir les futurs besoins de transport. Dans leur charabia économico-ferroviaire, l’OFT et les CFF traduisent cela par « établir la demande d’offre ». Ils ont raison, c’est un préalable indispensable. Dans le cas de Genève, c’est ce qu’ils n’ont pas fait. Il suffit de regarder l’illustration pour se rendre compte que le « schéma d’offre validé par la Direction générale du projet » a été précédé de la décision de réaliser la raquette ! dans son principe, et même tracé !

Le besoin de transports est indéniablement le moteur de l’étude du futur d’un réseau. C’est le premier facteur dans l’ordre chronologique, mais pas dans l’ordre d’importance. Il ne saurait par exemple être question de satisfaire les besoins mis en évidence à n’importe quel prix ! surtout si ce sont les citoyens et non les voyageurs qui paient ! Il ne saurait non plus être question de violer l’environnement naturel. Il ne saurait être question d’abattre des quartiers entiers d’habitation.

Les instances qui traitent de l’extension du réseau ferroviaire genevois n’ont pas réalisé cela. A la détermination du besoin, qui est un travail d’analyse, doit succéder un travail de synthèse, qui conduit à un projet. Il s’agit de trouver la  meilleure réponse aux besoins, une réponse qui tienne aussi compte des réalités physiques, matérielles, économiques, écologiques, sociales.

C’est ce que ni les administrations ni les CFF n’ont fait à Genève.  Il n’est guère étonnant que la « direction générale du projet » ait validé un schéma d’offre qui nécessiterait une troisième extension de capacité de la gare de Cornavin.

 

Pour en savoir plus : http://www.gerer.ch

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Commentaires

Savent-ils seulement ce qu'ils font?...
Amateurisme.

Écrit par : hommelibre | 16/08/2017

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Je ne sais pas. Certains sans doute. Mais c'est surtout la structure qui est surréaliste.

Les CFF sont les seuls à pouvoir prétendre vraiment connaître le domaine ferroviaire. Mais les CFF ne dépensent presque plus rien pour les infrastructures, depuis que le peuple suisse a voté le système FAIF-Financement et Aménagement de l'Infrastructure Ferroviaire. Ils ne paient rien, même au contraire deviennent clients de la Confédération, payés pour assurer la maîtrise d'oeuvre des grands chantiers, maîtrise qu'ils sont les seuls à pouvoir assurer: ils ont d’une part les compétences techniques, et doivent d’autre part organiser les choses pour pouvoir continuer à exploiter leur réseau pendant les chantiers. Les CFF ont de ce fait intérêt à des grands projets coûteux, et n’ont en tous les cas aucune raison d’économiser sur les infrastructures. Et enfin, les CFF sont devenus de très gros promoteurs immobiliers, ce qui les expose à des conflits d'intérêts ; il se peut que leurs intérêts de propriétaires-promoteurs aillent à l'encontre des intérêts du rail et de ses clients.

Bref, les CFF jouent de leurs compétences, réelles. Ils font croire qu'ils les mettent au service de leurs clients les voyageurs, mais c'est loin d'être toujours le cas.

Et c’est là que se situe le nœud du problème : les cantons, les villes, les politiques, de l’exécutif comme du législatif, les écoutent, et leur accordent leur confiance. Comment pourraient-ils faire autrement ? Mais les CFF ne répondent pas aux questions qu’ils posent.

Lorsque la ville, le canton et l’OFT leur ont demandé en 2008 si l’option d’une extension de la capacité de Cornavin par la création de 4 voies et deux quais supplémentaires était possible, ils ont sans doute répondu que oui, tout en étant d’avis depuis le jour de l’inauguration de la gare de l’aéroport que la bonne solution était de créer une boucle : c’était clairement leur intention originelle. Mais ils auraient dû répondre : « oui c’est possible, mais ce n’est pas souhaitable ».

Lorsque s’est posé le problème des Grottes, tous ceux qui avaient participé à la décision de 2008-2009 ont commencé par assurer que la solution proposée était la seule possible. Ce faisant, ils excluaient de facto la solution de la boucle, qui était, au contraire de ce qu’ils avançaient, une autre solution raisonnable, préservant complètement les Grottes. Le mécanisme était en route. Pour utiliser l’image d’Anouilh en préface de son Antigone, le ressort de la tragédie grecque est bandé. Après, tout s’enchaîne. Les gens des Grottes ont gagné, ceux qui avaient décidé en 2008-2009 ont perdu. Ils auraient perdu une seconde fois s’ils avaient avoué qu’ils auraient pu proposer une autre solution qui ne renchérissait pas le coût initialement prévu, et qui ne toucherait pas aux Grottes. Et s’ils avouaient aujourd’hui …

Écrit par : weibel | 16/08/2017

On croit rêver.

Écrit par : eNemo | 16/08/2017

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Je suis près à parier qu'aucun député n'a connaissance de ce document.
Comment se fait-il qu'aucun journaliste digne de ce nom ne nous offre une compilation des incohérences patentes et validées, des coûts inabordables, et donc du fiasco programmé dans cette fuite en avant vraisemblablement provoquée par des promesses juteuses de contrats divers et autres sujets inavouables dont la presse se rend complice.
Et après on s'étonne que de moins en moins de monde lit les journaux où regarde la TV.
Le premier et le second pouvoir ont déjà perdu leur légitimité tant pas l'abstention massive aux divers scrutins que par le lobbyisme parlementaire qui n'a plus la décence de se faire discret.
Le quatrième va aussi passer à la trappe, la concentration mettant en évidence le téléguidage.
Reste plus qu'à espérer que le judiciaire garde un semblant de fierté pour limiter les dégâts. A Genève c'est foutu, la collusion entre l'exécutif et le judiciaire saute aux yeux.
Mais à Berne c'est une autre histoire et les juristes ne se retiennent pas de donner des leçons à Piogre.

Écrit par : Pierre Jenni | 16/08/2017

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Amateurisme me semble faible. Je laisse le bénéfice du doute aux élus qui n'ont pas le temps, les compétences ou simplement l'envie de s'informer. Mais on ne valide pas une telle politique sans intention de fond et des manoeuvres en coulisses.
Nous sommes tous responsables. D'abord par notre renoncement et la délégation de nos pouvoirs. Ensuite par les gens que nous mettons en place pour décider. Et enfin parce que tout devient si compliqué qu'on n'a plus envie de creuser.
Sauf peut-être un journaleux en manque de visibilité et un brin culotté...
Chiche !?

Écrit par : Pierre Jenni | 16/08/2017

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