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06/11/2017

Madame la Députée, Monsieur le Député,

Vous êtes appelés à vous prononcer sur le projet de loi PL 12164, qui ouvrirait un crédit d’étude de 6,3 millions pour financer une première tranche d’étude d’avant-projet de la traversée du lac, du bouclement autoroutier et des mesures d’accompagnement associées.

Entre 2010 et 2011, l’administration cantonale a étudié la faisabilité d’un contournement autoroutier de Genève par l’est. Elle a publié en mars 2011, sous le titre Rapport de synthèse des études de faisabilité, un dossier qui conclut qu’une traversée du Lac entre Le Vengeron et La Pointe à la Bise, suivie par un zigzag à travers la campagne en rive gauche aboutissant à la douane de Thônex-Vallard, est faisable. Son coût : 2,86 milliards HT,  3,08 TTC si la traversée du Lac se fait en pont, 3,40 milliards HT, 3,65 milliards TTC si la traversée du Lac se fait en tunnel.

L’administration cantonale a ainsi prouvé la faisabilité de ce tracé, mais n’a absolument pas montré que ce tracé est le plus avantageux. Elle ne l’a comparé qu’avec quelques autres, sommairement esquissés, et la comparaison a porté sur la seule problématique du trafic, mais en rien sur les aspects économiques (pas de comparaison des rapports coûts/avantages des différentes variantes), techniques (est-il vraiment nécessaire que le tracé à travers le lac passe par les vases les plus molles et les plus épaisses de toute la région ? oui, c’est faisable, mais est-ce indispensable ?), écologiques (est-il vraiment nécessaire que le tracé passe par des réserves naturelles importantes ? oui, c’est faisable, mais est-ce indispensable ?), sociologiques (est-il vraiment nécessaire de faire passer le tracé à travers des zones densément habitées, Vésenaz, Chêne-Bourg, Thônex ? oui, c’est faisable, mais est-ce indispensable ?), ou même tactiques ( ce tracé facilitera-t-il les négociations avec Berne ?). RIEN n’a été fait dans ces domaines.

Deux ans plus tard, la Confédération, dans le cadre de son étude pour résorber l’engorgement de l’autoroute actuelle entre Le Vengeron et Perly, reprend le tracé esquissé par l’Etat de Genève. (La Confédération reprend ce tracé non pas parce qu’elle le trouve idéal, mais parce qu’elle sait que l’Etat de Genève veut celui-ci). Elle arrive elle aussi à la conclusion de la faisabilité, mais moyennant un certain nombre d’adaptations aux contraintes, notamment écologiques et techniques. Ces modifications coûtent très cher. La variante « pont » en traversée du Lac passe de 3,08 milliards TTC à 4,20 milliards (plus 1,12 milliard, plus 36 %), la variante « tunnel » passe de 3,40 milliards à 5,00 milliards (plus 1,60 milliards, plus 47 %).

La raison officielle avancée par la Confédération pour renoncer à poursuivre son étude de ce projet est qu’il ne dispenserait pas de tout de même devoir élargir l’A1 entre Vengeron et Perly. Elle ne blesse personne.

Bref.

Dans son Exposé des motifs, le Conseil d’Etat annonce un coût de 2,86 milliards HT, sans mentionner  que les services de la Confédération sont arrivés à un coût plus élevé de 1,0 milliard, plus élevé de 36 % !

Madame la Députée, Monsieur le Député, cette différence me semble être d’ampleur suffisante pour susciter votre curiosité. Quel est le montant juste ? Comment s’explique une telle différence ? L’administration en a-t-elle examiné les causes ? Pourquoi ces explications n’apparaissent-elles pas dans l’Exposé des motifs ? Le montant du crédit demandé, de 6,3 millions, est estimé sur la base de l’évaluation cantonale ; qu’en sera-t-il si c’est l’évaluation de l’administration fédérale qui est correcte ? On parle de péage ; si le péage suffit pour financer 3 milliards, sera-t-il également suffisant pour en financer 4 ?

Madame la Députée, Monsieur le Député, en votant le crédit de 6,3 millions que le Conseil d’Etat vous demande, vous lui accordez de poursuivre vers ce tracé venu de nulle part. Il serait infiniment plus logique, et probablement plus raisonnable, de procéder à une étude comparative des deux tracés envisageables.

Vous remerciant de l’attention que vous porterez à ce courrier, je vous prie d’agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, mes salutations distinguées.

 

Rodolphe Weibel

www.gerer.ch

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Commentaires

Bravo pour message et pour votre ténacité.
Espérons que votre proposition et vos arguments trouverons grâce auprès des députés.
Bon courage et bon succès
Daniel

Écrit par : Berner | 07/11/2017

Si le but réel de ce contournement "Nord" de l'agglomération pour alléger la pression du trafic pendulaire RG7RD, le tracé choisi doit comporter deux accès sur RG entre les deux entrées principales Vengeron/Vallard, c'est d'une logique imparable.
Quant à savoir quel est le cheminement le plus pertinent, il faut faire une étude des flux de trafics. Si ce credit de 6,3 millions devait être voté, c'est à ce questionnement qu'il doit s'atteler prioritairement. A vue d’œil, un tracé qui va saccager un peu plus la campagne ne semble guère pertinent. Que dire d'un pont si ce n'est qu'il va réussir comme la première fois, à fair basculer le vote vers le non.
Conclusion il est indispensable de réfléchir à un contournement qui draine le plus de trafic possible pour délester le U central (pont du Mt Blanc) et qui permette le raccordement au réseau fédéral, soit Vallard.
Quant aux coûts on sait tous qu'à Genève pas plus les parlementaires que les conseillers d'Etat n'ont le sens de la mesure et de l'économie! Les chiffre avancés sont tout simplement consternant lorsqu'on les comparent avec ce qui se faire à l'étranger.
cordialement,
P. Dimier,
Député suppl.

Écrit par : patrick Dimier | 07/11/2017

Merci pour vos réflexions stimulantes.

L'Etat a baptisé « contournement est » le contournement étudié. Je propose d'adopter ce nom de baptême.

Comme je l'ai écrit dans mon article, l'administration a examiné les effets sur les trafics (les flux) des 7 variantes de tracé qu'il avait esquissées. Elle est arrivée à la conclusion que les deux variantes, celle qu'elle a retenue par la suite et la variante GeReR, sont, ex aequo, les plus favorables pour ce qui est de leurs effets sur les trafics.

Mais, en outre, le projet GeReR permet d'associer le chemin de fer dans la traversée du lac, ce qui contribuerait sans doute fortement à la réduction du trafic automobile sur le U central. Cet effet doit être encore évalué.

Bien sûr, vous avez raison, l'alternative que permet le projet de l'Etat d'un pont ou d'un tunnel pour traverser le lac va diviser les esprits et les citoyens qui seront appelés à voter, contrairement au tracé de GeReR, qui est conçu exclusivement pour un tunnel, qui est de ce fait rassembleur.

Selon l’exposé des motifs, les études qui rendent nécessaire la demande de crédit ne comprennent aucune étude de tracé. Implicitement, donc, une acceptation de la demande de crédit constituera une confirmation du tracé proposé par l'Etat. A mon point de vue, ce serait très regrettable. Quelques conversations que j'ai eues avec certains de vos confrères députés, m’ont fait réaliser qu'ils pensaient que le tracé était encore ouvert et ferait l'objet des études prévues. Ce n'est pas le cas.

Le Grand Conseil pourrait par un amendement exiger que le tracé de GeReR soit avant toute autre chose étudié jusqu’au même niveau de connaissance que l’a été le tracé décrit dans le rapport de synthèse de mars 2011. Pour des ouvrages de cette ampleur et de cette complexité, la démarche comparative est la seule à même de donner quelques garanties d’un bon choix, c’est ce que tout ingénieur apprend au cours de ses études. C’est ce que l’administration a omis de faire, et persiste à refuser de faire.

Écrit par : weibel | 07/11/2017

Quelque tracé que ce soit, les générations futures se tiendront la tete en pensant que l`on ait pu envisager un projet aussi pharaoniquement absurde et se diront qu`on l`a échappé belle. Faudrait quand meme se rendre compte que l`on vit les toutes dernieres décennies de l`ere bagnole-pour-tous...

Écrit par : JJ | 07/11/2017

Le scénario que vous évoquez, j'en partage l'éventualité. Le conseil consultatif présidé par Monsieur Loretan, mis sur pied pour accompagner le projet de contournement autoroutier s'est également interrrogé, et a entendu quelques spécialistes.

Je ne sais pas le futur.

Cela ne m'empêche pas de prétendre que, s'il y a besoin d'infrastructures de telle ou telle nature, il appartient à ceux qui en ont la responsabilité de trouver (plus encore, de chercher) les solutions les plus avantgeuses.

Etant ingénieur, j'ai réalisé il y a 5 ans qu'à Genève, cette recherche de solution avantageuse n'avait pas été faite, ni pour le rail, ni pour l'autoroute. Par plaisir (exercer le métier que je connais en étant mon seul client, et cela pour des ouvrages considérables) je me suis demandé ce que je ferais si j'étais à leur place. J'en suis là, et j'ai plaisir à en discuter avec vous.

Bref, je ne me suis pas posé de questions sur le besoin de ces infrastructures. Un des patrons des CFF me fait réguluièrement grief de ne pas aborder d'abord le problème de la détermination de l'offre. Dans mon cas, ce reproche n'a aucun sens. J'ai simplement observé ce que les CFF voulaient offrir, et me suis demandé comment je ferai pour offrir la même chose, les mêmes quantités, les mêmes fréquences, mais à bien meilleur compte.

Écrit par : weibel | 07/11/2017

Où est le vrai problème pour la traversée du lac?
1) Le but est de relier l'autoroute suisse à la française, donc relier le Vengeron à Vallard; elle doit donc être considérée comme une route nationale. Et l'Office fédéral des routes "OFROU" propriétaire au final des routes nationales n'a pas approuvé le tracé Vengeron-Pointe à la Bise. Continuer les études (à grands frais) sur ce tracé inadéquat est donc un pur gaspillage.
2) Vouloir se substituer à l'OFROU en espérant lui revendre plus tard une solution (Vengeron-Pointe à la Bise) qui ne lui convient pas est une nouvelle genevoiserie et décrédibilise Genève.
3) Le projet Weibel défendu par l' association “Genève Route et Rail”, est la seule solution globale valable  proposée depuis de nombreuses années pour la mobilité à Genève qui fasse vraiment du sens. Sa grande cohérence, applicable rapidement et à moindre coût et pérenne devrait convaincre tous ceux qui se préoccupent de la mobilité et des finances de Genève: - économique: gains énormes comparés aux solutions en discussion, - sans frais pour Genève, - tracé le plus court entre le Vengeron et Vallard, - utilité nationale en plus de locale donc financé par la confédération, - technique éprouvée sans problème géologique, - pas d'impact sur la nappe phréatique, - pas d’atteinte au paysage de la rade, - pas de contraintes ou d’impact sur la future plage.
Donc une vraie solution solide, à la Suisse.
Alors que la solution hybride tunnel-pont tunnel de l'administration est tout sauf convaincante pour l'environnement, le surcoût dû (aux conditions géologiques et à la longueur exagérée du contournement) et les nombreuses difficultés à la faire accepter par la population.
Que la raison l'emporte!

Écrit par : Bobillier | 08/11/2017

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