30/06/2018

Le DETEC (se) trompe

Le DETEC – Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et des communications dit et répand des bêtises. 

Une enquête de fréquentation a établi qu’actuellement 80 % des voyageurs se rendant de Lausanne ou de Nyon à Genève ont pour destination finale Cornavin, 20 % seulement Aéroport. Symétriquement 80 % des voyageurs se rendant de Genève à Nyon ou Lausanne montent en train à Cornavin, 20 % seulement à Aéroport.

Le DETEC en déduit que la boucle de l’aéroport augmentera de 10 minutes le temps de parcours  de 80 % des voyageurs. C’est évidemment complètement faux.

Qu’en est-il ? La capacité de la gare de l’aéroport est limitée à 8 trains par heure. 8 trains pourront y arriver chaque heure, et 8 trains en partir chaque heure. Admettons (ce sont ici les ordres de grandeur qui sont intéressants) que chaque train transporte en heure de pointe 1'000 voyageurs, et admettons aussi que le voyage Cornavin-Lausanne dure 30 minutes, que le voyage Cornavin-Aéroport-Lausanne dure 10 minutes de plus, soit 40 minutes, et, symétriquement, que le voyage Aéroport-Lausanne dure 30 minutes et le voyage Aéroport-Cornavin-Lausanne dure 40 minutes.

1er cas : sans la boucle

  • 8'000 personnes par heure voyagent de Lausanne à Genève,
    • 6'400 descendent à Cornavin après 30 minutes de voyage, en tout 192'000 minutes de voyage,
    • 1'600 descendent à Aéroport, après 40 minutes de voyage, en tout 64'000 minutes de voyage,
  • 8'000 personnes par heure voyagent de Genève à Lausanne,
    • 6'400 montent à Cornavin, voyagent 30 minutes, en tout 192'000 minutes de voyage,
    • 1'600 montent à Aéroport, voyagent 40 minutes, en tout 64'000 minutes de voyage.
  • En tout, en une heure, le chemin de fer effectue 512'000 minutes de voyage.

2ème cas : avec la boucle, parcourue alternativement dans chaque sens

  • 8'000 personnes par heure voyagent de Lausanne à Genève. 4'000 aborderont la boucle dans le sens horaire (d’abord Cornavin, ensuite Aéroport), et 4'000 dans le sens contraire.
    • 1’600 se rendent à Aéroport, en 30 minutes, en tout 48'000 minutes de voyage,
    • 2'400 se rendent à Cornavin via Aéroport, en 40 minutes, en tout 96'000 minutes de voyage,
    • 4'000 se rendent sans détour à Cornavin, en 30 minutes, en tout 120'000 minutes de voyage,
  • 8'000 personnes par heure voyagent de Genève à Lausanne,
    • 1'600 à partir d’Aéroport, en 30 minutes, en tout 48'000 minutes de voyage,
    • 2'400 à partir de Cornavin, via Aéroport, en 40 minutes, en tout 96'000 minutes de voyage,
    • 4'000 à partir de Cornavin, sans détour, en 30 minutes, en tout 120'000 minutes de voyage.
  • En tout, en une heure, le chemin de fer effectue 528'000 minutes de voyage.

 

Résultats et commentaires

  • La boucle augmente le temps total de voyage effectué de 16'000 minutes (528'000 – 512'000). Or le DETEC prétend que le trajet de 80 % des 16'000 voyageurs par heure (12'800) serait augmenté de 10 minutes, soit un total de 128'000 minutes. Le DETEC exagère l’inconvénient de la boucle d’un facteur 8 !

 

  • Ce calcul est fait à saturation : tous les trains sont supposés en pleine charge. Aussitôt qu’il reste des places dans les trains, les voyageurs peuvent choisir les trains les plus directs, et la différence entre le cas « avec boucle » et le cas « sans boucle » se réduit.

 

  • La boucle avantage de 10 minutes les 1’600 voyageurs utilisant Aéroport, et pénalise 2'400 voyageurs utilisant Cornavin. Si la proportion de voyageurs utilisant Aéroport passe de 20 % actuellement à 25 % à l’avenir (le trafic généré par l’aéroport semble devoir considérablement augmenter), la boucle favoriserait de 10 minutes 2’000 voyageurs utilisant Aéroport et pénaliserait de 10 minutes 2'000 voyageurs utilisant Cornavin. L’offre ferroviaire de la boucle serait strictement aussi efficace que l’offre actuellement possible sans la boucle.

 

Le DETEC se trompe d’un extravagant facteur 8. Son erreur se répand dans les parlements, l’Assemblée fédérale, le Grand Conseil du canton de Genève, les administrations. Cette erreur discrédite complètement mon projet, dont je rappelle qu’il ne coûtera que 15 % de ce que coûteraient les projets que le DETEC  cautionne de son autorité: 740 millions contre 4,7 milliards!

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Commentaires

Comment comprendre que le DETEC, qui doit pourtant employer de bons analystes et ingénieurs, puisse de tromper aussi grossièrement ?
Le projet Weibel mérite urgeamment des relais politiques forts s'il ne veut pas rejoindre la liste des bons projets relégués aux oubliettes de l'histoire. Avis aux politiciens lémaniques.

Écrit par : Nicolas Destrez | 02/07/2018

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Dans un blog géré par le journal Le Temps, le professeur émérite de l'EPFL Jacques Neyrinck publie aujourd'hui un article fort éloquent. En voici le titre, suivi de sa 1ère partie: "Les pouvoirs ignorés de l’administration."

"Même en témoignant de beaucoup d’indulgence, de naïveté et de mansuétude, on peut difficilement tenir le Conseil fédéral pour un véritable gouvernement : pas de chef, pas d’équipe homogène, pas de majorité et pas de programme. Il est entièrement dépendant du parlement, affublé de deux chambres aux modes de représentation différents, qui doivent se mettre d’accord sur un texte commun et qui parfois n’y réussissent pas. Ce parlement lui-même dépend des humeurs du souverain populaire, dont il s’efforce d’anticiper les refus, les obsessions, les caprices. Il n’y a jamais eu de roi en Suisse puisque le peuple en tient lieu. Les institutions sont surtout une superstructure décorative.
Mais alors où se niche le pouvoir ? Car il faut bien qu’il s’exerce de temps en temps, même avec lenteur, inertie, atermoiement. Son siège principal est forcément l’administration, qui, jour après jour, dans une continuité parfaite prend des décisions, rédige des lois et les applique après leur validation formelle par le législatif. Bien entendu les lobbies de l’économie et des syndicats ont leur rôle à jouer et la presse est là pour compter les coups, transmettre des informations (fondées ou non) et former l’opinion publique, c’est-à-dire celle du souverain, le seul qui importe en fin de compte."
(2 juillet 2018, Jacques Neirynck, Le Temps.)

Écrit par : weibel | 02/07/2018

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