Es isch kä Genferei, es isch e Bundesbärnerei

Les entreprises de construction sont heureuses lorsque les collectivités publiques envisagent de grands travaux. Ce n’est ni grave, ni répréhensible : c’est une évidence, elles ne s’en cachent pas, ça fait partie du jeu. Leur rôle c’est de construire, pas de décider ce qui doit être construit. Il n’y a aucune ambigüité.

Ce n’est pas le cas des CFF. Ils font sans état d'âme ce que leur propriétaire, la Confédération, leur a demandé de faire, être aussi rentables que possible. Ils le font même si la poursuite de cet objectif se fait au détriment de la collectivité, dont ils sont pourtant la propriété.

C’est là, exactement là, que naît l’ambigüité, et le désordre.

Les CFF, service public, ne poursuivent pas forcément l’intérêt public, ils défendent le leur, en toute légitimité. Il se peut que leur intérêt coïncide avec l’intérêt public, mais ce n’est de loin pas toujours le cas. Notamment, les CFF n’ont pas d’intérêt particulier à ce que les infrastructures coûtent peu, puisqu’ils ne les paient pas.

L’image dont ils jouissent politiquement et publiquement, celle d’un service dévoué à la collectivité, est trompeuse.

L’organe auquel est confiée la mission de veiller à une saine utilisation de l’argent public que la Confédération attribue au réseau ferroviaire, c’est l’Office fédéral des Transports.

A Genève:

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La solution officiellement prévue pour résoudre le problème de capacité du nœud ferroviaire de Genève est évaluée à 5 milliards (extension Cornavin, ligne Cornavin-Nations-Aéroport, nouvelle gare Aéroport).  Les CFF n’en paieraient rien. Au contraire, ils obtiendraient gratuitement un à deux hectares de galeries marchandes aux nouvelles gares à Cornavin et à l’aéroport, valant plus d’une centaine de millions, qui leur rapporteraient par la suite de substantielles rentes immobilières. Ils obtiendraient en outre sans concurrence le mandat de maitrise d’œuvre.

Le fait que la solution adoptée par les pouvoirs publics coûterait 4 milliards de plus que la solution de la boucle de l’aéroport leur est, légitimement, indifférent. Pourquoi s’en mêleraient-ils ? L’OFT, canton et Ville de Genève veulent une extension souterraine de Cornavin ? très bien ! répondent-ils, soucieux de garder un bon contact avec leur propriétaire, la Confédération, et les cantons, avec lesquels une collaboration sereine est indispensable. Là encore, les CFF sont parfaitement légitimés à agir ainsi.

Ce fait, - la différence de 4 milliards entre le coût de la solution officielle et celui de la boucle de l’aéroport -, n’aurait en revanche pas dû laisser indifférent  l’Office fédéral des transports.  L’OFT aurait dû veiller à ce que la solution de la boucle, prévue dès la conception de la gare de l’aéroport en 1980, soit évaluée parallèlement à la solution officiellement retenue. C’était, c’est encore, clairement, de sa responsabilité.

Quant aux cantons, qui ne tiennent pas les cordons de la bourse ni ne disposent des compétences techniques très spécialisées propres au chemin  de fer, quasi monopolistiques, ils restent quelque peu en marge de toute cette problématique.

Décidément, c’est à Ittigen - Berne que se trouve l’origine du problème, du problème à 4 milliards.

Commentaires

  • Cher Monsieur,
    Continuez à documenter "l'affaire", vous lire est passionnant. J'imagine déjà le film qui en sera réalisé – mais quand ? – tellement les éléments que vous mettez en lumière sont édifiants et permettent de comprendre un peu mieux les coulisses du jeu politique, les rapports de force et les enjeux pas toujours reluisants qui se cachent derrière l'extension d'une gare.
    Merci

  • Effectivement, vous méritez toute notre admiration. Mais face aux fonctionnaires obtus qui nous dirigent, nous n'avons aucune chance. C'est peut-être le défaut de notre si belle démocratie ?

  • Vous êtes gentil, je n'en mérite pas tant.

    Je ne partage pas votre point de vue généralisateur. Il y a dans ce cas un dysfonctionnement manifeste, mais c'est loin d'être juste en général. L'énorme majorité des administrations de notre pays fonctionnent parfaitement bien; le cas de l'OFT est une exception évidente.

    Et je suis un tenant inconditionnel de la démocratie telle qu'elle est comprise en Suisse. Bien sûr que des couacs se produisent, mais quel système les éviterait tous? En revanche quel autre système assure aussi bien la paix intérieure?

  • En effet toute cette affaire si clairement présentée est passionnante. A tel point qu'on peut se demander pourquoi les politiciens, les Verts par exemple, ou les médias ne s'y impliquent pas. Les Verts notamment qui devraient se demander s'il est bien utile de dépenser des milliards de francs d'argent public avec pour seul bénéfice la conquête de nouvelles surfaces commerciales mais sans vrais progrès dans le domaine du trafic ferroviaire.

  • Les degâts d'image pour le chemin de fer vont progressivement s'accroître pour atteindre leur paroxysme lorsqu'on entamera la seconde étape d'extension souterraine de Cornavin: après avoir vécu un chantier d'un milliard sur les 450 mètres de longueur (à 20 mètres de profondeur!) sous la place de Montbrillant, entre 2025 et 2031, les Genevois devront en vivre un second de même ampleur, au même endroit, 5 à 10 ans plus tard!

  • Oui, les partis politiques se montrent bien lâches. Ainsi les socialistes se réfugient-ils derrière le Collectif 500 pour ne pas avoir a soulever le couvercle d'une nouvelle Genferai : le peuple voulait l'enfouissement, il l'a obtenu. Point barre. Les Verts ont sans doute peur de se lancer seul dans un combat contre l'OFT, et ne parlons pas des autres partis. C'est donc le peuple qui va prendre la chose en main, le futur Collectif 501 – s'il pouvait voir le jour ! – qui fera triompher la raison.

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