Méthode

La capacité du nœud ferroviaire  de Genève atteint ses limites, alors que l’on attend dans les années qui viennent une forte augmentation du trafic.

 

Que faire ? Deux méthodes :

A.   celle adoptée par les administrations fédérale et cantonale en charge du dossier, avec la caution des CFF, et

B.   la méthode rationnelle.

 

A.     La méthode adoptée par les administrations fédérale et cantonale en charge du dossier, avec la caution des CFF.

A1.   Pour résoudre le problème de capacité du nœud ferroviaire de Genève, c’est tout simple : il suffit d’augmenter la capacité de la gare principale, en lui adjoignant deux quais et 4 voies à côté de l’actuelle voie 8.

A2.   Comment dites-vous ? On ne peut pas bouleverser le quartier des Grottes pour cela ? C’est tout simple, il suffit de réaliser en souterrain ces deux quais et 4 voies nouvelles, et le tour est joué.

A3.   L’enfouissement coûte trop cher ? 2,1 milliards ? c’est tout simple, il suffit de fractionner l’ouvrage en deux étapes, la 1ère ne coûtera que 1,65 milliards, la seconde 1,00 milliard.

A4.   C’est encore plus cher ? C’est tout simple! Commençons par faire la 1ère étape, on verra après !

A5.   Que me racontez-vous là ? l’extension de la capacité de Cornavin ne résoudrait pas complètement le problème de capacité du nœud ferroviaire de Genève ? Il faut aussi améliorer la desserte ferroviaire de l’aéroport, dont la disposition en impasse limite fortement la capacité ? Rien de plus simple ! Il suffit d’ajouter une nouvelle gare à l’aéroport, en-dessous de l’actuelle, et une nouvelle ligne qui dessert cette nouvelle gare sous-souterraine, et le tour est joué! Cela coûte cher, environ 2 milliards ? Et alors ?

 

B.      La méthode rationnelle.

B1.   Dresser l’inventaire de ce qui est nécessaire, à long terme, pas demain.

B2.   Faire jouer l’imagination pour ébaucher un catalogue de solutions à long terme. Les dessiner.

B3.   Etablir la balance pondérée des avantages et des inconvénients de chacune des solutions à long terme imaginées, sur les critères suivants : environnement social, environnement naturel, urbain, économie publique, coût, financement (fractionnement par étapes), délais d’exécution, faisabilité politique et technique, etc.

B4.   Retenir les solutions à long terme les mieux notées, les affiner, les perfectionner.

B5.   Décider la solution à long terme. C’est ainsi un plan directeur raisonné qui a été établi.

B6.   Déterminer le fractionnement le plus économique, pour ne dépenser qu’au fur et à mesure de la progression des besoins.

 

Aujourd’hui, deux solutions à long terme sont sur la table : deux ébauches de plan directeur :

  • l’officielle, comprenant trois projets partiels :
    • 1) 1ère étape d’extension de Cornavin,
    • 2) seconde étape d’extension de Cornavin,
    • 3) nouvelle gare sous-souterraine à l’aéroport, avec ligne nouvelle de desserte,
  • et la boucle de l’aéroport, réalisée par le prolongement de l’antenne de l’aéroport jusqu’à ce qu’elle rejoigne la ligne de Lausanne à Bellevue.

 

Ces deux solutions de plan directeur, (il pourrait y en avoir d’autres encore), doivent passer par l’analyse selon la méthode rationnelle. Il faut les dessiner toutes les deux, évaluer leurs avantages et inconvénients respectifs pour établir le bilan de chacune, avant de décider laquelle il convient raisonnablement de retenir comme plan directeur du réseau ferroviaire.

La méthode qui consiste à résoudre au coup par coup les problèmes, au fur et à mesure de leur apparition, ne peut que conduire au désastre.

Commentaires

  • Magnifique analyse et judicieuse proposition.
    Bravo et bon courage pour la suite

  • Et encore, cette analyse tout à fait pertinente ne mentionne pas les nuisances considérables que causeraient les travaux de la solution A en plein centre ville, pendant deux fois six ans.... mais de ça, les administrations ne parlent pas.

  • Ce n'est pas tout à fait vrai. Le plan directeur de la mobilité prévoit bien la fermeture de la place Cornavin et de la rue de Lausanne avant le début des travaux en 2023. Il ne faut pas être grand sage pour comprendre le chaos qui en découlera car c'est un axe majeur qu'aucun contournement ne pourra remplacer tant que nous ne disposerons pas d'une traversée de la rade.

  • "les nuisances considérables que causeraient les travaux de la solution A en plein centre ville, pendant deux fois six ans.... "
    La seule chose qui compte, c'est de dépenser le max de fric, surtout quand ce fric n'appartient pas aux commanditaires, car sur plus de 5 milliards (jamais un devis n'est resté dans les clous), il y a bien quelques millions qui atterrirons dans quelques poches. Mais chut, nous somme en Suisse et c'est tout simplement inimaginable, n'est-ce pas?

  • La résolution des problemes au coup par coup, c`est l`inconvénient de la démocratie: on change régulierement et relativement rapidement les décideurs, pas le temps pour une réflexion approfondie, pas question de projets dont la durée de réalisation ferait porter les lauriers au gouvernement suivant, parfois meme les décideurs défont ce qu`ont commencé les précédents et on repart de zéro.

    L`idéal serait de découpler la politique de certains types d`analyse et de décision qui seraient confiés a des groupes pouvant traverser plusieurs cycles de gouvernement et formés des meilleurs professionnels du moment. Utopie évidemment, mais il se pourrait que dans le futur l`IA finisse par prendre en charge l`analyse des problemes et propose les solutions possibles avec des estimations rationnelles de leurs avantages et inconvénients. Rendez-vous au 22. siecle...

  • J'observe l'inverse Jean. Nous élisons x parce que y n'a pas donné satisfaction. x a fait des promesses, mais lorsqu'il arrive au pouvoir il réalise que ce sont les hauts fonctionnaires, les chefs de services, qui décident. C'est ainsi que nous subissons la dictature des Verts nuisants depuis plus d'une génération malgré l'élection de magistrats de droite à la mobilité.
    Si je peux comprendre le besoin de stabilité pour mener à bien des projets sur le long terme, je pense qu'il est sain de remettre en question certains choix comme celui dont il est question ici. D'ailleurs, le projet officiel a balayé la boucle qui était déjà prévue au siècle dernier et Palexpo a été réalisé en fonction de ce projet.
    Maintenant je dois vous avouer qu'au vu de l'incurie de nos représentants, j'en viens à appeler de mes voeux l'avènement de l'IA qui pourrait bien nous mettre tous d'accord et pas seulement au niveau local. Elle pourrait bien nous apprendre à être moins cons à défaut de devenir plus intelligents.

  • Oui et non ! Oui, les politiques changent. Mais ce ne sont pas les vrais décideurs, tant ils sont tributaires des administrations, tout particulièrement sur des thèmes très techniques. Dans la présente affaire, la décision initiale d’accroître la capacité du nœud ferroviaire de Genève en l’étendant en surface, au même niveau que les voies actuelles, n’a fait l’objet d’aucun débat public. Cette malencontreuse décision initiale a été prise entre les administrations fédérale et cantonale et les CFF, puis expliquée par ces trois parties au Conseil d’Etat qui, ne disposant pas des compétences nécessaires pour éventuellement en contester le bien-fondé, ne pouvait qu’acquiescer.

    Oui, les politiques changent. L’administration, elle, est immortelle, le sait, et veille à ce que ça reste ainsi.

    C’est à elle que «sont confiés certains types d’analyse et de décision pouvant traverser plusieurs cycles de gouvernement». A elle de prouver qu’elle est «formée des meilleurs professionnels du moment».

  • Puisque vous le dites mr Weibel, c`est surement comme ca que cela se passe. C`est alors une spécificité genevoise (suisse?) car ailleurs, en regle générale, un nouveau gouvernement se dépeche de se choisir de nouveaux conseillers-spécialistes et se fait un point d`honneur a ne pas plébisciter les projets du précédent gouvernement. Si vous avez raison (et je vous fais confiance), le probleme ne viendrait donc pas du politique mais des professionnels a l`origine des projets?

  • Je n'invente rien! Frédéric le Grand a déclaré avoir gagné toutes ses batailles, sauf celle qu'il a engagée contre son administration. Rien de spécifique à Genève, ni au temps présent, donc, dans mon propos.

    Il est des administrations et des fonctionnaire qui méritent à mes yeux plein respect, soucieux de l'intérêt général et prêts à se battre pour le défendre.

    Dans le cas particulier ....

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