Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve (Euclide, 300 av. J.-C.)

L’article que Monsieur Dal Busco a fait paraître dans la Tribune de Genève du 19 février m’y a fait penser : un grand-père, pasteur, écrivait ses prêches dans des cahiers, retrouvés récemment dans des archives familiales. Sans doute revenait-il de temps en temps sur un prêche ancien, qu’il annotait alors en marge à l’encre rouge. On y a trouvé cette annotation-ci : argument faible, parler fort.

Affirmer, c’est facile. L’argumentation exige une solide discipline de pensée.

Monsieur Dal Busco peut affirmer facilement dès son 1er paragraphe que le projet de boucle ne répond pas aux besoins, qu’il ne respecte pas les contraintes d’exploitation, et s’avère au final irréaliste- une fausse bonne idée. Il peut affirmer cela, mais tant qu’il n’avance pas un seul argument soutenant ces affirmations, il ne convaincra pas, même s’il parle fort.

Il ne convaincra pas davantage en affirmant que le « projet Weibel » est tout simplement impraticable parce qu’il a été rejeté non seulement par le canton, mais surtout par les CFF et par l’Office fédéral chargé de la planification ferroviaire. Un argument d’autorité consiste à accorder de la valeur à un propos en fonction de son origine plutôt que de son contenu ; il ne se base pas sur la raison.

Dans le cas présent, il faut se souvenir que ces trois organismes se sont réunis en catimini, sans députés, sans citoyens, sans médias, vers 2008-2009, pour décider que la solution au problème de capacité du nœud ferroviaire de Genève passerait par l’extension de la gare de Cornavin, grâce à l’adjonction aux côtés de la voie 8, au même niveau, de deux quais et de 4 voies supplémentaires. C’est incidemment qu’en 2010 les Genevois ont appris cette décision. Depuis lors, les trois auteurs de ce qui s’est révélé par la suite être une grave erreur (les gens des Grottes, puis les experts qui se sont succédés l’ont prouvé) ont tout fait pour masquer solidairement leur incompétence, en s’opposant à la solution de la boucle. S’ils n’ont jamais voulu étudier la solution de la boucle, s’ils continuent à refuser de l’étudier, c’est parce qu’ils savent depuis longtemps que la solution de la boucle est bien meilleure. Refuser de l’étudier devient dès lors une malversation. Ils ne défendent pas l’intérêt général, ils se défendent.

Monsieur Dal Busco affirme toujours sans preuve ceci :

La solution (de la boucle) n’est pas compatible avec le fonctionnement du réseau ferroviaire suisse. Cet aspect a été très soigneusement étudié et développé.

L’horaire (avec la boucle) en serait rendu illisible puisque la « boucle » générerait des temps de trajets et des parcours différents pour de mêmes relationsComme par exemple actuellement entre Genève et Zurich via Berne et entre Genève et Zurich via Bienne ?

Le concept manque d’analyse sur l’offre et la demande réelle. L’analyse a été réalisée pour le concept des administrations (au moins faut-il l’espérer … !).

La circulation des trains de marchandises n’a pas été prise en compte. Au contraire, la boucle offre un trajet non menaçant au trafic des marchandises dangereuses.

Les différences d’électrification n’ont pas été prises en compte. Mais bien sûr que si, aujourd’hui déjà, tous les trains de Léman Express sont compatibles, il ne reste que quelques rames isolées.

Les coûts de cette option sont aussi très largement sous-évalués. Par l’OFT, l’administration cantonale des transports, les CFF ? Tous trois ont perdu toute crédibilité sur ce thème. Voir plus haut.

Le développement de la gare de Cornavin est un enjeu majeur. Le débat porte fondamentalement sur ce point : la boucle permet d’éviter toute extension de la gare de Cornavin. Je l’ai abondamment démontré depuis 6 années. Ni Monsieur Dal Busco ni son administration n’ont à ce jour avancé un argument contraire.

L’extension prévue en souterrain répond parfaitement aux besoins futurs. C’est faux. Au contraire, la 1ère extension prévue à Cornavin n’apportera presqu’aucune amélioration de l’offre ferroviaire : elle permettra de faire passer de 5 à 8 la fréquence horaire des trains entre Cornavin et Aéroport, ce qui est inutile, 5 trains de grandes lignes suffisant largement à ce trafic, et de 4 à 5 la fréquence horaire des trains entre Cornavin et La Plaine. Quant aux besoins plus lointains, le concept des administrations, dont la 1ère extension de Cornavin est le fondement, ne pourra pas être réalisé avant 2045.

La solution de M. Weibel remettrait en cause le très important financement fédéral qui a été obtenu à Genève.

  1. le montant de 1,1 milliard que dépenserait la Confédération à Genève ne profiterait pas à l’intérêt général à Genève, il profiterait aux entrepreneurs et aux ingénieurs. L’intérêt général, lui, ne gagnerait grâce à cette dépense que la contrepartie réalisée par les entrepreneurs et les ingénieurs. Cette contrepartie ne serait qu’une très modeste augmentation de la fréquence horaire des trains entre Cornavin et La Plaine, qui passerait de 4 à 5, et
  2. pour que la Confédération dépense un milliard à Genève, il faut que Genève en dépense un demi.

 

Monsieur dal Busco a raison sur un point : Le renforcement de l’infrastructure ferroviaire est un immense défi pour l’avenir de notre pays. Il doit s’appuyer sur des planifications cohérentes, une vision globale et une expertise sans faille.

C’est exactement le contraire de ce qu’ont fait jusqu’ici l’Office fédéral des transports, l’administration cantonale des transports que dirige désormais Monsieur Dal Busco, et les CFF :

  • en 2008, ils ont décidé l’extension de Cornavin par 4 voies et deux quais, sans penser à la desserte de l’aéroport,
  • en 2011, ils ont fractionné en deux phases la réalisation de leur projet, trop cher,
  • en 2011 aussi, ils ont réalisé que la seule extension de Cornavin laisserait très insuffisante la desserte de l’aéroport, ils ont inventé la « raquette »,
  • en 2013, ils ont dû se rendre à l’évidence, leur projet pour Cornavin butait sur une opposition populaire, ils ont donc dû enfouir l’extension, estimant à 1,24 milliard le coût de la seule 1ère phase,
  • en décembre 2014, ils ont buté sur un obstacle qui n’avait pas été détecté à temps, un ouvrage hydraulique incontournable, portant le coût à 2,1 milliards,
  • ils ont remis l’ouvrage sur le métier pour en réduire le coût à 1,6 milliards, avec pour conséquence que le nouvel ouvrage n’est plus exploitable que dans un sens,
  • il est nécessaire de défoncer deux fois de suite toute la partie basse du quartier des Grottes, ceci jusqu’en 2045 – 2050,
  • il est nécessaire de construire une nouvelle gare de l’aéroport sous-souterraine, et une nouvelle desserte par les Nations, coûtant plus de deux milliards, d’ici 2045-2050,
  • jusqu’en 2045-2050, pas un train régional pour desservir Cornavin Cointrin (correction 21.02.20, 6h20),
  • malgré cela, au-delà de 2045-2050. l’aéroport ne sera relié en direct avec aucune halte de la ligne Bellegarde – Coppet, sauf Cornavin et Coppet,
  • le dégagement de C02 des chantiers sera de l’ordre de 1,35 millions de tonnes, 5 fois celui des chantiers de la boucle,
  • le tout coûtera 5 milliards (contre 1,0 milliard pour la boucle).

 

Une planification incohérente, sans vision globale, un parfait amateurisme coûtant 4 milliards de trop, dégageant un million de tonnes de CO2 de trop, un réslutat solide seulement dans 30 ans, (20 ans de trop),  si tout va bien, alors que jusqu’ici c’était plutôt le désastre.

Commentaires

  • Bravo M Weibel,
    Comment ne pas souscrire à votre réflexion judicieuse et raisonnable. Je ne comprends pas pourquoi ces 3 instances n’acceptent pas d’étudier sereinement votre projet !!
    J’admire votre pugnacité et j’espère que le bon sens aura le dessus .

  • Je suis désormais à peu près certain que l'origine de ce refus des trois instances tient au fait qu'elles ont ensemble tenté de court-circuiter le sytème démocratique. Pas parce qu'elles n'y adhèrent pas, mais parce qu'il leur complique la vie. A trois c'est déjà difficile de s'entendre, alors s'il faut encore demander l'avis des politiques ou même du peuple, ça devient très compliqué. D'autant plus, pensent ces instances, qui ne cherchent qu'à se faciliter la vie, d'autant plus que nous savons mieux que quiconque ce qui est bon pour la collectivité. Et patatra! ils se sont trompés, et l'aveu de leur erreur est lourd à assumer. Mieux vaut donc s'arranger entre nous, nous soutenir l'un l'autre.

  • Bravo M. Weibel. Ce qu'ils veulent c'est des locaux administratifs à louer et des milliards de travaux. Le reste leur importe peu. Voir les articles indiquant que les loyers vont augmenter autour des gares du CEVA

  • Contrairement aux projets que nous avons imposés et aux dépenses qu'ils génèreront pout nos descendants, nous serons nous-mêmes à la retraite bien avant que nos contradicteurs aient pu se faire entendre et infléchir le train-train (pardon, cela m'a échappé) de la vie politique genevoise et suisse au point de nous gâcher sérieusement la vie et nos mandats.

  • Excellent résumé du dossier.
    Ce qui me frappe depuis 2016, c'est la faiblesse des arguments qui nous ont été opposés. Le paradoxe suprême : les administrations fédérales et cantonales refusent d'étudier sérieusement la solution de la Boucle alors qu'elles disposent de moyens considérables et elles nous reprochent de ne pas avoir mieux détaillé nos propositions, nous, citoyens et élus de milice qui ne disposons pas de moyens autres que leur temps bénévole et leur conviction. C'est vraiment le monde à l'envers...

  • Ce qui me frappe, c'est la faiblesse de nos élus face aux administrations. L’on sent celles-ci derrière le dos du ministre lui dicter son texte. Celui-ci est tellement infondé, prend son monde de haut, cherchant à clore le débat une fois pour toutes, qu’il rate complètement sa cible tout en ridiculisant le ministre dont la position est pour le moins inconfortable. Bientôt, la pression populaire l’obligera à la diligenter l’étude indépendante que l’on attend tous sur la faisabilité de cette boucle.

  • A qui profite le crime ?
    C'est la première question que se pose un tribunal dans une affaire.
    Ici, indépendamment du fait qu'il est difficile de reconnaître s'être trompé comme le relève justement Monsieur Weibel dans les commentaires, il s'agit de comprendre un phénomène assez simple :

    Les CFF sont largement déficitaires sur le transport de personnes malgré une subvention de 50% par la confédération et malgré le prix du billet qui n'arrive toujours pas à rivaliser avec l'automobile même lorsqu'elle ne transporte qu'une seule personne et qu'elle fonctionne aux énergies fossiles.
    Leur fond de commerce provient de la location au prix fort des surfaces commerciales dans les gares. Il est donc impératif de favoriser le développement de Cornavin et donc les projets officiels pour, soi-disant, régler le noeud ferroviaire.

    Je suis en admiration devant la ténacité de Monsieur Weibel et j'observe un certain malaise de nos autorités cantonales qui s'enfoncent dans le déni.
    Je suis désolé de vérifier que Monsieur Dal Busco se fasse le porte parole de ces instances qui ont effrontément menti tout du long sur de nombreux sujets comme l'a admirablement démontré Monsieur Weibel dans un précédent billet.

    La fin est prévisible. La commission des transports n'osera pas refuser l'étude de la boucle car le dossier est trop chaud et surtout les montants évoqués considérables. Les députés vont donc se débarrasser de cette patate chaude en validant un budget qui n'engage à rien.
    Pendant ce temps, les autorités continueront à faire la sourde oreille et ne gèleront pas les travaux prévus dès 2023 à Cornavin. Au contraire, ils relègueront aux calendes grecques cette étude en espérant mettre les Genevois devant le fait accompli.
    C'est mal les connaître...

  • M.Weibel@ Laissez-moi vous dire la profonde admiration que j'ai pour vous. Votre combat est emblématique de la lutte de l'intelligence citoyenne contre la veulerie et la bassesse politique. Je ne suis pas genevois, mais je vous le dis : Continuez ! On sent bien que vous allez gagner.
    M.Rolin Wavre, mon quasi-homonyme @ Vous aussi, mettez les bouchées doubles. Gagner cette cause-là serait comme la découverte des sources du Nil ou la conquête de la Lune pour un politicien genevois. Une victoire magnifique contre la dictature des petits et des médiocres ! Votre nom et celui de Weibel resteraient gravés dans la mémoire suisse jusqu'à la fin de l'humanité. (qui malheureusement est proche mais ceci est une autre histoire).

  • Avec mes meilleures salutations et tout mon soutien, Monsieur Weibel.

  • Puisqu'il est aussi question de M. Rolin Wavre, qu'on me permette de préciser ici qu'il a été interviewé ce matin sur "Radio Lac" à propos de l'aménagement de l'espace public autour de Cornavin et plus généralement sur la problématique de l'extension de cette gare.

    On pourra écouter et visionner cette interview en podcast ici :

    https://www.radiolac.ch/podcasts/linvite-de-la-matinale-21022020-0744-074422/

  • "La fin est prévisible."

    Pas dit Pierre Jenni...Lorsque l'ensemble des Genevois auront compris et assimilé l'énormité de ce "truc", je pense qu'un "Niet" va s'imposer. Peut-être pas sans heurts cette fois...

    Avec vous itou Monsieur Weibel. Surtout parce que Mr Dal Busco semble ne pas aimer les trains miniatures...

    La simplicité quoi :-)

  • Vous avez raison absolom. J'aurais dû parler de la suite et non pas de la fin. Comme je le suggère d'ailleurs en conclusion.
    Car en politique ce sont des histoires sans fin. La traversée de la rade en est une des plus belles illustrations et elle reviendra bientôt sur le devant de la scène puisque les Genevois se sont fait mener en bateau.

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