Les très curieuses procédures de l’administration en charge des transports. Légales ?

En janvier 2019, une proposition de modification du Schéma directeur sur rail a été soumise par le Conseil d'Etat à une enquête publique, conformément à la Loi sur le réseau des transports publics. Elle dispose, pour ce qui est du chemin de fer, que « tout projet de modification du schéma directeur du réseau sur rail doit faire l’objet, avant d’être approuvé par le Grand Conseil, d’une enquête publique ». «  Le schéma directeur du réseau sur rail est représenté sur un plan annexé à la loi ».

Voici les observations que j’ai alors fait parvenir à l’Etat.

10h00 26 janv. 2019

Schéma directeur du réseau sur rail

 Mise à l’enquête publique d’une inepte modification du schéma directeur

Mes observations

  1. La capacité du nœud ferroviaire de Genève atteint ses limites, alors que le trafic va fortement croître pendant la prochaine décennie, d’ici 2030. Il faut mettre l’accent prioritaire sur la résolution complète et rapide de ce problème-la.

 

  1. L’insuffisance de capacité du nœud ferroviaire de Genève
  • limite le trafic de grande ligne (IC, IR, RE) entre Genève et le reste de la Suisse (limitatifs : Cornavin, Aéroport, ligne qui les relie),
  • interdit l’accès des trains de grande ligne de France à l’aéroport (limitatifs : Aéroport, nécessaire rebroussement),
  • empêche l’insertion de l’aéroport dans le réseau régional (RER) (limitatifs : Aéroport, tunnel à voie unique de Furet, Cornavin),
  • limite le trafic régional entre la ligne de la Plaine et celle de Coppet (limitatif : Cornavin).

 

  1. Deux solutions sont actuellement discutées : celle des administrations, et la mienne. Toutes deux comblent l’insuffisance de capacité du nœud ferroviaire de Genève.

2019.01.19 Cartes Daniel Fig.1.jpg

La solution des administrations

  1. La modification du schéma directeur proposée par les autorités et les administrations dessine l’étape ultime de leur solution. Celle-ci n’est praticable que si elle est précédée de la double extension souterraine de la gare de Cornavin, y disposant deux quais et 4 voies supplémentaires, reliées au réseau actuel par trois tunnels dont les trémies seraient situées à l’est au-delà de la halte de Sécheron, à l’ouest aux Charmilles pour l’un, à Châtelaine pour l’autre. Cette solution
  • coûterait 5 milliards,
  • ne pourrait être mise en service avant 2045 au plus tôt (le document soumis à l’enquête publique indique l’horizon 2040/2050),
  • nécessiterait de défoncer les places de Montbrillant et le bas de La Servette deux fois de suite, pendant au moins 6 ans chaque fois, quels chantiers !
  • bouleverserait tout l’environnement bâti du bas du quartier des Grottes,
  • provoquerait d’autres très lourds chantiers à l’aéroport, aux Nations, aux Charmilles, à Châtelaine.

2020.06.26 Carte Daniel Boucle.jpg

La solution de la boucle de l'aéroport

  1. La solution que je préconise prolonge l’antenne que forme la gare de l’aéroport jusqu’à ce qu’elle rejoigne la ligne de Lausanne à proximité de la halte de Genthod-Bellevue, de manière à créer une boucle. Cette disposition permet aux trains desservant Genève par la rive droite du Léman de rejoindre l’aéroport soit par Cornavin soit par le grand-Saconnex, et de ce fait décharger tout le trajet Genthod – Cornavin – Aéroport de la moitié de son trafic. En outre, la capacité de la gare de l’aéroport rendue traversante est de ce fait triplée. Cette solution
  • coûtera moins d’un milliard,
  • pourra être mise en service en 2030,
  • ne nécessite aucun chantier en ville,


Cette solution était prévue d’emblée lors de la création de l’antenne ferroviaire de l’aéroport, vers 1980, conçue par les professionnels du chemin de fer  et approuvées par les administrations et les autorités d’alors.

Elle est très proche du schéma directeur actuellement en vigueur. Elle ne fait que lui ajouter le tronçon de ligne en tunnel reliant la boucle prévue dans le schéma actuellement en vigueur à la ligne de Lausanne peu avant la halte de Genthod-Bellevue. Elle ne fait qu’ajouter ce court tronçon au schéma directeur entré en vigueur en 2014.

2020.06.26 Carte Vision GeReR.jpg

Le schéma directeur actuellement en vigueur, complété pour former la boucle GeReR

La comparaison des deux solutions en discussion ne laisse planer aucun doute, la solution prévue à l’origine surpasse celle que les administrations proposent à l’enquête publique :

  • elle coûte moins d’un milliard, contre 5 milliards,
  • elle sera mise en service en 2030, contre 2045,
  • elle évite d’insoutenables chantiers en pleine ville,
  • elle respecte et épargne l’urbanisation historique.

 

  1. Le projet de modification du schéma directeur du réseau sur rail doit être rejeté.
  2. Le schéma directeur du réseau sur rail doit être complété par le tronçon Vengeron – Halte de Genthod-Bellevue dessiné ici.

 

 

Le Conseil d’Etat a soumis au Grand Conseil un projet de modification de la Loi sur le réseau des transports publics. Dans son exposé des motifs, au chapitre de l’Enquête publique, il se borne à déclarer ceci : Les prises de position n’ont pas entraîne de modification significative du schéma directeur (du schéma directeur modifié comme il propose de le faire).

 

La Commission des travaux, qui a étudié le projet du Conseil d’Etat, n’a pas jugé utile de m’inviter. Si l’on en juge sur son Rapport, elle n’a semble-t-il pas attaché un quelconque intérêt au Schéma directeur, omettant de mentionner sa modification dans le projet de loi tel qu’elle l’a amendé, omettant même de la soumettre au vote point par point propre au deuxième débat.

Commentaires

  • Des lecteurs m’ont fait comprendre qu’il fallait préciser mon propos sur un point précis :

    La "Loi sur le réseau des transports publics" dispose, pour ce qui est du chemin de fer, que « tout projet de modification du schéma directeur du réseau sur rail doit faire l’objet, avant d’être approuvé par le Grand Conseil, d’une enquête publique ».

    Ce passage ne laisse subsister aucun doute : le "schéma directeur du réseau sur rail" doit spécifiquement être approuvé par le Grand Conseil. Pour être encore plus concret, le Grand Conseil doit formellement répondre à la question suivante : « approuve-t-il la modification proposée du schéma directeur du réseau sur rail ? ».

  • Bien triste jour ! Le Grand Conseil genevois n'a rien voulu entendre. Il précipite Genève dans une gabegie sans nom. Trente ans de travaux inutiles et cinq milliards (faut-il encore qu'il les trouve !) jetés par les fenêtres. INCOMPRÉHENSIBLE !

  • Comment nos députés peuvent-ils prendre des décisions aussi importantes, engageant des dépenses de milliards et des bouleversements de dizaines d'années en pleine ville sans qu'une étude sérieuse et une analyse indépendante aient démontré leur intérêt et l'entièreté des conséquences qui vont bouleverser la vie des Genevois?
    Ont-ils réalisé qu'une (grande?) partie d'entre eux ne seront plus là pour en subir les effets? Nos enfants et petits-enfants leur seront sans doute reconnaissant d'être plongés dans la longue gabegie programmée aujourd'hui.

  • Loi contradictoire et donc arbitraire ?

    Violation des droits politiques au vu du caractère incomplet de la loi ?

    Simple réaction à la lecture de votre texte.

  • Nos députés viennent de voter que l'étude n'est pas nécessaire, tout en utilisant l'argumentaire qui devrait ressortir des résultats de l'étude. Quand on décide de choix techniques par une votation au lieu de les faire étudier en profondeur, le résultat ressemble exactement à celui-ci.

    La boucle se fera. En 2050, lorsque toutes les autres liaisons seront en service, on découvrira qu'il manque une petite boucle à un milliard. Dommage pour tout ce gâchis.

  • Vous avez parfaitement raison, c'est exactement là que se situe le noeud de l'affaire: la technique est plus forte que la politique, ce que certains politiques ne compennent pas. Que l'eau d'une rivière coule de bas en haut ne les étonnerait pas, ils jugeraient subjectif l'avis de l'ingénieur qui déclarerait que c'est impossible.

    C'est ainsi que ces politiques genevois qui ont refusé de faire étudier l'affaire auront précipité leur canton, leur ville, dans l'impasse: ils ont jugé subjectifs nos arguments. Que la boucle fasse que ce sont 4 voies qui relient Genthod à Aéroport, deux par Cornavin et deux par Le Grand Saconnex, donc deux fois plus que sans la boucle, et permette donc de diviser par deux le trafic par Cornavin, ils l'entendent, mais pensent: "c'est l'avis subjectif de Weibel".

    Si un tel politicien se trompe, il est rarement rendu responsable des conséquences de son erreur. Si un ingénieur se trompe, son pont s'écroule.

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