Habitants de Genève, on vous dupe, contribuables de Suisse, on vous talque

Habitants de Genève, on veut vous faire croire qu’il n’y aura qu’un seul méga-chantier d’une dizaine d’années le long de la voie 8 de Cornavin, pour réaliser une gare souterraine ne comprenant qu’un quai et deux voies. Il n’en est rien. On vous le cache soigneusement : si vous ne réussissez pas à empêcher ce 1er chantier, il sera suivi quelques années plus tard d’un second chantier de même importance, au même endroit, de même durée, dégageant la même masse de CO2, provoquant le même chaos. L’un ne va pas sans l’autre.

 

Le concept officiel

Le concept officiel d’extension de la capacité du nœud ferroviaire de Genève comprend deux volets :

  • d’une part une extension de Cornavin par deux quais et 4 voies supplémentaires – les autorités en charge des transports ne parlent que d’un quai et deux voies, elles ne parleront du second chantier qu’après réalisation du premier - et,
  • d’autre part une nouvelle gare, supplémentaire, sous l’actuelle, à l’aéroport, raccordée à Cornavin par un nouveau tronçon ferroviaire via Les Nations – les autorités ne vous en parlent pas, elles n’en parleront qu’après réalisation du premier volet -.

C’est ainsi que se pratique le saucissonnage.

 

Le coût du concept officiel dans son ensemble est évalué à 5 milliards. Le coût de l’autre concept, la boucle de l’aéroport, qui permet la même offre ferroviaire, est évalué à un milliard. Les contribuables de toute la Suisse sont concernés.

C’est ainsi que se pratique la dilapidation de biens publics.

 

La gare Cornavin dans son état actuel a une capacité suffisante pour recevoir 30 trains par heure. Elle est totalement exploitée : 30 trains y entrent, 30 trains en sortent. Une partie de cette capacité est exploitée par le trafic qui dessert l’aéroport. C’est de cette partie qu’il s’agit ici.

Parce que la gare Aéroport est en impasse, sa capacité est limitée à 9 trains par heure. Si elle n’en accueille actuellement que 5, ce n’est pas à cause de sa limite de capacité, mais de la limite de capacité de la gare de Cornavin. Aux yeux des autorités et administrations en charge des transports, il est souhaitable qu’Aéroport en reçoive 9, tous de grande ligne :  un venant de Bâle via Neuchâtel et shunt de Bussigny, un venant de Constance via Berne, un venant de Lucerne via Berne, deux venant de Saint-Gall via Neuchâtel et Lausanne, deux venant de Brigue, deux venant de Saint-Maurice. Au total 9.

C’est dans ce but – pour permettre l’accès à Aéroport de 9 trains par heure - que les autorités et administrations à Berne et à Genève ont décidé de réaliser en 1ère urgence une 1ère étape de leur concept d’extension du nœud ferroviaire de Genève : une demi-gare souterraine à Cornavin, comprenant un quai et deux voies. J’appelle demi-gare une installation dont le nombre de voies est égal au nombre de voies qui en assurent la desserte ; une gare complète doit disposer de deux fois plus de voies que le nombre de voies qui lui donnent accès, pour permettre à deux trains de se succéder en s’y arrêtant sans réduire l’intervalle de temps qui les sépare.

Parce que ce n’est que demi-gare, l’extension Cornavin ne permet de recevoir que 6 trains par heure et par sens, si bien que, pour qu’Aéroport en reçoive 9, 6 trains par heure (trois par sens) devront continuer à emprunter la gare actuelle, en surface, malgré la réalisation de la demi-gare : les  actuels 5 trains par heure et par sens qui traversent Cornavin en surface sont ramenés à trois, réduisant à deux par sens la charge de trafic en surface à Cornavin : sa capacité est de 30 par heure (15 par sens), mais elle ne serait exploitée que par 28 trains par heure (14 par sens). (c’est la solution 1-bis décrite par la TdG les 2 et 3 février 2022 qui est analysée ici).

 

La nouvelle gare Aéroport serait desservie par 16 trains par heure (8 par sens). Ils circuleraient par le tronçon nouveau Cornavin – Nations – Aéroport. A Cornavin, 4 d’entre eux (2 par sens) pourraient emprunter le réseau en surface, mais il faut trouver moyen de de faire traverser Cornavin à 12 trains de plus.

On ne voit pas comment réaliser cette augmentation de capacité autrement qu’en doublant la demi-gare précédemment réalisée. Devenue gare complète, elle serait empruntée par 24 trains par heure, 12 par sens. Au total ce seraient donc 30 trains qui emprunteraient le réseau de surface pour traverser Cornavin, et 24 qui passeraient par la nouvelle gare, souterraine, comprenant deux quais et 4 voies.

 

Genevois, vous n’y couperiez pas. Si vous acceptez ce que vos autorités vous demandent d’accepter, la réalisation d’une 1ère demi-gare,  vous serez par la suite forcés d’accepter la réalisation de la seconde moitié de gare, car l’une ne va pas sans l’autre. Vous aurez à subir deux chantiers successifs d’un milliard chacun, durant chacun 7 ou 8 ans, dégageant des millions de tonnes de CO2, à quelques années d’intervalle, au même endroit, tout au long de la voie 8 de Cornavin. Votre Conseiller d’Etat en charge de ces affaires fait tout pour que vous ne vous en rendiez pas compte, ne parle pas de cette seconde moitié de gare.

 

Genevois, refusez ce que vous propose vos autorités et administrations en charge des transports. Il y bien mieux.

L’actuelle configuration en impasse de la gare de l’aéroport devait être temporaire si le développement du trafic correspondait aux attentes. C’est aujourd’hui évident. Décidée lors de la création de la desserte ferroviaire de l’aéroport, en 1980, elle avait été adoptée par mesure de précaution financière : il s’agissait de rester prudent quant au succès économique de la réalisation, alors que l’avenir du chemin de fer était incertain : le TGV en Europe venait d’être mis en service sur une 1ère ligne en Europe, entre Paris et Lyon, le système cadencé venait d’être mis sur pied en Suisse dans l’espoir de rétablir la compétitivité du ferroviaire.

La boucle de l’aéroport était prévue, la réalisation de la gare en impasse a pris en compte les contraintes qui s’imposaient en prévision de la boucle, le tracé de la boucle a été réservé. La boucle de l’aéroport permettrait la même offre ferroviaire que l’ensemble du concept officiel décrit ci-dessus.  

Refusez d’accorder à vos autorités et à vos administrations toute avance de leur projet avant qu’une étude solide de la boucle de l’aéroport, menée par des experts dont l’indépendance est garantie, soit réalisée.


Pour en savoir davantage:

2021.01.18 Mémoire techniqueAmendé 6 mars 2021.pdf

Commentaires

  • Dire que certains ont encore besoin d'un rapport d'expert pour savoir pourquoi les citoyens ne font plus confiance aux politiciens!

  • depuis le temps et les explications données, je ne comprends pas le manque de réaction de nos élus. Est-ce trop complexe! en tous cas bravo pour l'énergie et votre force de persuasion sur cette affaire très technique.

  • Merci pour vos compliments.
    Selon moi, ce sont au départ les administrations en charge des transports qui espèrent se simplifier la vie, et qui pour cela adoptent entre eux, en cercle fermé, sans rencontrer aucune concurrence, un concept. Pour les bâtiments publics, la pratique des concours est la norme, pour des affaires comme la nôtre, il n'y a pas de concours. Le résultat est alors souvent médiocre, mais les administrations, s'étant mouillées pour lui, craignent d’admettre qu'il y a mieux. Puis leur (s) patron (s) politique (s), qui ne connaissent pas le métier et de ce fait sont dépendants de leurs administrations, prennent le parti de ces dernières, et font leur possible pour en convaincre les législatifs.
    Pour éviter cette dérive, je ne vois qu’une solution : mettre au concours les concepts généraux. En 2008 – 2010, le besoin d’étendre la capacité du nœud ferroviaire de Genève était connu, mais les administrations cantonale et fédérale, avec la caution technique des CFF, ont proposé un élargissement en surface de Cornavin, sans rien proposer pour l’aéroport. La suite est connue : d’abord deux quais et 4 voies en surface à Cornavin, ensuite un quai et deux voies, ensuite l’enfouissement de ce quai avec une seconde phase comprenant un second quai, et apparition de la « raquette » et de la seconde gare de l’aéroport.
    Un concours de conception en 2010, mené en toute transparence, aurait sans aucun doute évité ce naufrage. Contrairement à ce que pensent les administrations, l’imagination est une vertu indispensable au métier de création des réseaux.

  • Question naïve et peut-être datée. N'y a-t-il pas moyen de lancer un référendum pour tenter de s'opposer à ce projet fumeux ?

  • Oui, il y aura sans doute des occasions de referendum et d'initiative, lorsque les Genevois se rendront compte lors des procédures d'enquêtes publiques de la folie que leur ont concoctée leurs autorités.

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